Je mange. Tout le temps.

J'aime manger.

J'entendais, dans une émission, il y a très longtemps, une femme parler d'orgasme sexuel lorsqu'elle mangeait. Personnellement j'ai cherché, hein. J'ai pas trouvé l'orgasme gustatif sexuel à proprement parler.

Je veux dire : j'aime manger. Mais ce n'est quand même pas comparable à un câlin avec le N'homme.

Cela dit je pourrais me passer ni de l'un ni de l'autre. Soit.

Revenons-en au plaisir de manger avant que cela ne dégénère...

J'éprouve un réel plaisir à manger. D'abord à imaginer le goût, la texture, la consistance, le plaisir. Passer du temps à préparer ce plaisir (mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps quand même, je n'ai aucune patience).

Vient alors le moment de passer à table. L'odeur déjà... Quel délice ! (Pour autant que l'odeur corresponde au goût. Sinon, ça me frustre et je perds tout plaisir).

Puis, vient la première bouchée. L'explosion du goût sur la langue. La texture de la bouchée dans ma bouche. J'ai une nette préférence pour les textures « lourdes » comme les cakes, les biscuits, la purée bien épaisse, etc. Idem avec la consistance, d'ailleurs. Le plaisir de mastiquer, pour redécouvrir le goût. Puis, vient le moment d'avaler. J'aime avaler (sans mauvais jeu de mots, bande pervers !). Puis, sentir la nourriture remplir mon estomac. J'aime sentir mon estomac « plein ».

La question se pose de savoir ce que représente ce « plein ».

Par association d'idées, je pense que je cherche à me sentir pleine d'amour, sans « manque ».

Mais ce n'est pas aussi simple vu que je me sens aimée par mon N'homme.

L'amour que je cherche s'apparente plutôt à de l'amour maternel... D'ailleurs, lorsque je suis chez les parents du N'homme, je mange moins !

Je me sens en sécurité lorsque je mange. Cela me rassure. Sans doute parce que ça me ramène à quelque chose de connu. Mais sans doute aussi parce que j'ai connu, dans mon enfance, des périodes de manque, de disette. J'ai connu des semaines entières à manger du pain sec et des pâtes à l'eau. J'angoisse à l'idée de revivre ça. D'ailleurs, je mange moins depuis que j'ai une réserve assez conséquente et diversifiée de nourriture dans mes armoires.

Je mange, enfin, parce que c'est vital. Souvent, je me dis qu'il serait plus simple de ne plus devoir manger du tout. Comme un fumeur qui arrête de fumer ou un alcoolique qui arrête de boire. Mais moi, je suis condamnée à manger. Simplement, je dois apprendre à manger différemment... Pas toujours évident.