Aujourd’hui, j’ai mangé deux boules de glace. J’ai bu un soda. Je me sens mal. J’ai mal au dos. Je prends des tonnes de pilules pour supporter cette douleur.

J’ai 25 ans et 117 kilos.

Je culpabilise à chaque bouchée de « crasse » sans pour autant arriver à m’en passer.

Pourquoi cette chronique ?

Je ne sais pas trop au juste. Je ne suis pas du genre à parler de moi et à écrire un journal intime pseudo-anonyme sur un blog internet où tous mes amis connaissent mon pseudo.

En même temps, ce n’est pas comme si les gens qui me connaissent ignoraient que je suis ronde. Et ce n’est pas comme s’ils ne savaient pas que malgré le fait que j’assume mes « rondeurs », j’ai du mal à réguler mon poids et que cela me pèse (au sens propre comme au figuré).

Mais, je me rends compte que les gens qui m’entourent, même s’ils s’abstiennent de me juger, ne comprennent pas.

« Tu as mal au dos ? Ouah, je comprends, ça ne doit pas être facile. Et si tu perdais un peu de poids ? Tu pourrais faire un peu attention. »

Un peu attention…

La bonne blague.

Aujourd’hui, j’ai mangé deux boules de glace. La première crasse que je me permets depuis une semaine. J’ai bu un soda. Parce que c’est si agréable après manger de boire un bon soda bien frais et pétillant. Et puis, j’ai pris un soda light, pour que ce ne soit pas trop grave.

Ne pas manger une crasse, ce n’est pas juste s’empêcher de la manger durant dix minutes, puis ça passe. C’est penser à cette foutue crasse pendant des heures et des heures. Des jours et des jours. Parfois des semaines et des semaines. Et il n’y a pas un patch de cake au chocolat à se coller sur le bras pour oublier son envie et passer à autre chose…

Perdre du poids, c’est faire un régime. C’est changer ma façon de manger. Pas pour quelques jours. Non, non. Jusqu’à la fin de mes jours… Et je ne suis pas prête à ça.

Ce serait remettre en question tout ce qui est mon fondement.

C’est fou de se dire ça, n’est-ce pas ?

On est censé manger pour vivre pas vivre pour manger.

Et je sais que je dois changer ma façon de voir les choses et d’envisager ma relation à la nourriture. Mais, cela fait 25 ans que toutes ces habitudes sont ancrées en moi. Depuis ma plus tendre enfance. Quand je vais mal, je mange. Quand j’ai peur, je mange. Quand je stresse, je mange. Quand je suis triste, je mange. Quand je suis trop heureuse, je mange. Je suis incapable de gérer des émotions fortes sans manger.

Ma drogue à moi, c’est la bouffe. La mal-bouffe.

A cause de mon éducation. A cause de mon incapacité à m’empêcher de manger. A cause de cette image distordue que nous donnent les médias et surtout les publicités que nous subissons chaque jour et qui nous fait croire que pour être heureux, il faut manger. Et manger des bonnes choses. Avec du sucre. De la graisse. Du chocolat.

Je ne nie pas ma responsabilité dans mon surpoids. Après tout, ce n’est pas la télé qui met la nourriture dans ma bouche. C’est moi qui l’achète et qui la mange. Je le fais consciemment. Délibérément. Comme le fumeur qui veut arrêter de fumer achète quand même un paquet de cigarette. En culpabilisant, mais en sachant aussi qu’il en a besoin.

Cette chronique, dont le début est un peu chaotique, a pour but de vous faire partager mon quotidien de jeune fille obèse (très obèse) dans une société où l’obésité est de plus en plus stigmatisée. C’est aussi parce que j’ai pris la ferme décision de me prendre en main et de changer ma relation avec la nourriture.

Un petit pas pour l’humanité, certes mais un grand défi pour moi !